Jean Jacques AMAT, bienfaiteur de Sérignan

Portrait de Jean Jacques AMAT, magistrat maire de Sérignan du 7 juin 1713 au 26 juillet 1819, bienfaiteur de la commune.

Si on se fie aux dates gravées sur la plaque sous le tableau de Jean Jacques AMAT situé dans la salle du conseil de la mairie de Sérignan, celui-ci aurait été maire sous l’empire, sous Louis XVIII puis pendant les cent jours et enfin à nouveau sous Louis XVIII.

Je pense que ce tableau date de cette dernière époque. Le personnage étant ceint d’une écharpe blanche brodé de fleurs de lys d’or, il n’a pu être peint que sous Louis XVIII.

Par curiosité, j’ai voulu connaître ceux qui avaient eu la charge de notre commune avant lui et, sur les registres des délibérations municipales, j’ai cherché les signatures des maires depuis 1789 jusqu’en 1813. J’ai relevé :

  • Jusqu’en novembre 1791 Jean Pierre BROUSSE
  • de novembre 1791 à juillet 1794 Jean Jacques AMAT
  • de juillet 1794 à février 1803 Guillaume THOMIERES
  • de février 1803 à février 1808 Jean Jacques FABRE
  • de février 1808 à mai 1813 Aphrodise JAMMES
  • de mai 1813 à mai/ juillet 1819 Jean Jacques AMAT

Selon la loi du 22 décembre 1789, Jean Jacques AMAT a été élu au suffrage censitaire. Quand? Comment? Aucune trace de son élection, mais le 19 novembre 1791 Jean Jacques BROUSSE ancien maire reçoit le serment du nouveau Jean Jacques AMAT.

Cette mandature de Jean Jacques AMAT, qui ne figure dans aucun livre sur Sérignan a pourtant été riche en événements. La lecture des délibérations municipales est une source de renseignements sur la vie du village pendant ces années de la 1ère République.

Si nous n’y trouvons aucune mention des événements parisiens, à Sérignan la période a été mouvementée. La cause principale a été dans les Pyrénées Orientales la guerre contre l’Espagne. Ce n’était plus l’affaire du roi et de ses troupes professionnelles mais celle du peuple et de ses volontaires.

Le 5 août 1792 Jean-Jacques AMAT déclarait:

La patrie est en danger à cri les français doivent se rallier, des ennemis puissants marchent contre notre liberté […] citoyens resterons nous spectateurs tranquilles et oisifs notre constitution est attaquée, nous avons juré de la défendre et de la maintenir […] armons nous tous […]”

Pour cela, il a fallu qu’AMAT, à l’aide de réquisitions et de visites domiciliaires contre les plus récalcitrants fasse appliquer décrets et instructions qu’il recevait presque journellement du district pour :

  • S’occupe de lever (51 volontaires sur 1340 habitants), d’armer (51 fusils, 51 gibernes et 20 sabres), d’habiller et chausser, de nourrir et de payer les volontaires pour l’armée des Pyrénées Orientales.
  • Ravitailler cette armée en fourrage par une rotation de charrettes.
  • Créer la garde nationale (130 citoyens), l’équiper (99 fusils et 480 cartouches) et organiser les gardes de la côte, etc.
  • Organiser et surveiller le ravitaillement de la population, contrôler les prix.
  • Récupérer des choses les plus inattendues: lits, couvertures de laine, chandelles et bois pour les troupes en cantonnement, etc.
  • Trouver des ouvriers en état de fabriquer des baïonnettes, cordonniers pour fabriquer des souliers, etc.

Seule la lecture des registres 299 EDT 100- 112 PUB 28 – 29 et 30 peut rendre compte de l’activité débordante de la municipalité et des difficultés journalières des sérignanais,

A travers certaines de ses interventions on ressent une volonté de sa part de s’occuper des petits et des faibles:

les journaliers qui pour l’ordinaire sont mal logés sont plus exposés que les autres citoyens […] cette classe d’hommes n’ayant que leurs bras pour toute réponse la santé est infiniment précieuse et qu’il y aurait de l’injustice autant que de l’inhumanité de ne pas la leur conserver par tous les moyens possibles.

Parlant de la disette de 1791 il dit :

[…] que ce malheur se fait sentir beaucoup trop dans la classe la plus indigente et la plus utile des cultivateurs […]

et de s’opposer aux nantis qu’il taxe à plusieurs reprises.

Le 25 août 1792, 15 volontaires se sont présentés. Un emprunt a été levé pour payer leur solde. Les plus riches ayant refusé d’y participer, il les taxe. Exemple :

  • VALESSIE 600 livres
  • BROUSSE Jean Jacques 500 livres
  • BROUSSE Pierre 600 livres
  • JAMMES Aphrodise 400 livres
  • etc

Nous ne connaîtrons pas la date de la fin de son mandat. Le registre 112 PUB 30 prends fin à la page 97, la délibération du 24 thermidor an II (12 juillet 1794) qui y est mentionnée n’est pas enregistrée en totalité. Le registre suivant 112 PUB 31 débute le 7 nivôse an III (27 décembre 1794) avec le citoyen THOMIERES, maire. Que s’est-il passé entre temps ? Où sont passées les feuilles manquantes ?

Son second mandat débute le 28 mai 1813 date de sa nomination par le préfet de l’Hérault (et non élu le 10 juin comme indiqué dans le livre SERIGNAN EN LANGUEDOC édité en 1999, à cette époque, les maires n’étaient pas élus mais désignés par le préfet) en remplacement d’Aphrodise JAMMES décédé.

Ce jourd’huy septième juin mil huit cent treize par devant nous Jean jacques Tamaris adjoint à la mairie de la commune de Sérignan arrondissement de Béziers département de l’Hérault dans la salle de la Commune, neuf heures du matin.
Est comparu sur notre invitation Mr Jean Jacques Amat propriétaire foncier habitant dudit Sérignan auquel nous avons communiqué l’arrêté de Mr le Préfet du département de l’Hérault en date du 8 mai dernier qui le nomme à la place de maire en remplacement de Mr Aphrodise Jammes décédé […]

Archives Départementales de l’Hérault – 112 PUB 32 – photo 112

Il est difficile d’étudier cette mandature, un registre entier concernant les délibérations d’août 1813 à février 1818 manquant. Le peu restant sur le registre suivant (112 PUB 33) mentionne entre autres :

  • un conflit vieux de 4 ans. Il semblerait que la municipalité suite à des décisions judiciaires veuille faire démolir des constructions illicites sur la rue de ronde.
  • La décision de faire élargir les chemins des terres inondables afin de favoriser l’utilisation des eaux pendant les crues pour dessaler les terres.

Il a été remplacé entre le 9 mai 1819 date de son dernier conseil municipal au cours duquel il a présenté le budget pour l’année 1820 et le 27 juillet 1819 premier conseil présidé par Léandre BROUSSE. Aucune réunion du conseil municipal entre ces deux dates, aucune mention soit de démission soit de remplacement par le Préfet (112 PUB 33, photos 24 et 25)

Il avait 37 ans quand il a été élu pour la première fois. Jusqu’alors, ni lui ni sa famille n’ont participé à la vie politique du village et n’ont été consuls.

Comment en arrive-t-il à se présenter ou à être choisi pour cette fonction. Nous ne le savons pas.

D’une famille sérignano-villeneuvoise, son père Esprit Joseph a épousé Marguerite Brousse.
Né le 21 décembre 1754 à Sérignan il sera très tôt fils unique, sa sœur aînée Marie Magdelaine n’ayant vécu que quelques années.

Il décède le 13 mars 1839 à Sérignan. Curiosité, un des déclarants du décès se nommait Alexandre DUMAS. Il n’était pas écrivain mais receveur des contributions.

Célibataire, il lègue une partie de ses biens à l’Hôpital de Sérignan.

Archives départementales de l’Hérault, Enregistrement – Béziers – 3Q1649 – 1839-1841 – photo 181

Actuellement, certains des biens légués par Jean Jacques AMAT existent encore, et les sérignanais en bénéficient au travers du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) qui les gère.

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